funérailles qu'il mérite, Carlo etYvonne Elwood (la fiancée de David) organisent une marche jusqu'à l'église Saint-Paul, derrière une Lincoln Continental suivie par plus de cinquante motards partis de l'Ace Cafe. Bruce Welch (Shadows), the Downliners Sect, Graham Fenton, PJ Proby, mais également Roger Daltrey (le  chanteur des Who) viennent s'incliner. Dans l'église, on entend Roll over Beethoven, chanson que     David      adorait.      Ultime

 

... avec une touche personnelle de superbes reprises des standards des Coasters, de Huey Piano Smith, de Johnny Otis et de Johnny Burnette.

Son humour inimitable et très particulier contribue à son ascension rapide dans le monde du rock'n'roll. En effet, Dave n'a pas de limites. Il s'inspire pour sa tenue vestimentaire et son jeu de scène du fantasque bluesman noir Screaming Jay Hawkins. Comme lui, il arrive sur scène dans un cercueil ou muni d'une hache, en tenue d'homme préhistorique. On le verra meme déguisé en Jack the ripper, autrement dit Jack l'éventreur, dont l'histoire lui inspirera le titre d'un de ses succès. Passé maitre dans l'art de l'épouvante et de l'horreur on stage, Lord Sutch frappera l'imagination d'Alice Cooper qui avouera plus tard s'etre inspiré de lui.

En 1961, son show étant totalement reconnu, il effectue une tournée avec Gene Vincent. Meme si sa discographie ne se limite qu'à deux 45 tours et deux albums, Screaming Lord est une vraie star de l'autre coté du Channel. Et ce n'est pas la deuxième facette de sa personnalité qui le fera sombrer dans l'anonymat !

Passionné de politique, mais sans jamais se prendre au sérieux, Dave  crée  son  propre  parti,  le

 

Monster Raving Loony dont le slogan est : "Votez pour la folie, c'est sensé !" Il ira meme jusqu'à se présenter à des élections à quarante reprises en trente ans, dont une fois en tenue d'homme préhistorique, contre le premier ministre Harold Wilson en 1964.

 

BON CLIENT A L'ACE

Si Sutch est surtout connu pour son parcours musical et politique, il l'est moins, hormis pour les initiés, pour son attachement à la moto.

Sa présence, dès le début des années 60, aux premiers rassemblements de motards anglais dans Londres et sa banlieue, témoigne pourtant de cette passion. Il est un des premiers à participer aux fameuses courses de cafe racers, comme    il     l'explique    lui-meme : " A  l'époque, je possédais une BSA Bantam, alors que les autres conduisaient des grosses Triumph, Norton et 1000 Vincent. J'ai meme participé aux courses autour de l'Ace Cafe. Chaque motard posait un billet d'une livre sur la table. Un disque était alors lancé dans le juke-box et chacun courait à sa moto pour effectuer une boucle. L'idée était d'etre de retour à l'Ace avant la fin du disque ! "  Et  de poursuivre  :  " Les plus rapides s'emparaient non seulement de la cagnotte, mais apparemment pouvaient choisir les plus belles filles. " [Extrait traduit de l'Ace     Cafe     London     website].

 

Lord Sutch a certainement été un des plus fidèles de l'Ace Cafe, raison pour laquelle on peut le voir aux cotés de Mark Wilsmore, l'homme à la base de la renaissance du mythique troquet et de Father Scott Anderson (sucesseur de Bill Shergold à la tete du Club 59) sur la video    intitulée    Ace    Day    1994

disponible à l'Ace. Dave revendra finalement sa BSA afin de s'acheter un corbillard pour ses shows.

Les années passent et notre rocker tombe peu à peu dans un état dépressif. Au point de mettre fin à ses jours le 16 juin 1999. On le retrouve pendu à son domicile de South Harrow, London. Il a alors 58 ans. Carlo Little (premier batteur des Rolling Stones en 1962), ami de David, est la dernière personne a l'avoir vu le 10 juin, lors du concert des Stones au stade de Wembley.

FUNERAILLES ROCK

Déterminés à offrir à David les

hommage de l'assistance, des fans sont    habillés        en       "  tenue démoniaque ", en cuir ou en habit de teddy boy. Ses partisans politiques portent des chapeaux haut de forme, des capes, des badges et des peaux de léopard. L'ex-Savages, Ron Harwood, cloture la cérémonie par une version solo à la guitare de Love me tender, cérémonie suivie d'une veillée au son de grands standards. Le rock'n'roll et le monde politique ne seront plus jamais les memes.

Merci pour le délire, Dave ...

 

Texte : Claude et Martine Speisser (Club 59) - photos archives Speisser

 
     

Avec l'aimable autorisation du magasine CAFE RACER