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Et quelle messe ce fût ! Quelques jours avant j’avais
publié une sorte d’article de presse en espérant que les journaux nous feraient
de la publicité et nous assureraient une assistance suffisante. Seul un journal
l’a publié avant la date, mais tous les autres étaient présents sur place le
jour même, je suppose qu’il devait y avoir une pénurie de crimes ou de crises
internationales ce week-end.
De plus, la BBC et ITV envoyèrent des équipes de journaux
télévisés et je crois qu’il y avait une équipe pour les actualités aussi.
Le thème de l’office était que nous devrions consacrer nos
motos ainsi que nous-mêmes au service de Dieu, en faisant notre possible pour
utiliser les motos d’une façon responsable.
Dans mon sermon, je comparais le motard d’aujourd’hui aux
chevaliers anciens, je suggérais que nous devrions soutenir les mêmes idéaux de
courage, courtoisie et chevalerie.
Nous avions eu l’idée de mettre différentes motos à
l’intérieur de l’église pour symboliser l’offrande de nos motos à Dieu. C’était
un étrange spectacle que de voir un scooter Tina à côté d’un Norton Manx qui
avait couru le précédent week-end. En y repensant, je pense que cela a du être
interprété comme une astuce publicitaire, je n’ai jamais eu l’intention de le
faire dans ce sens.
Les gens apportent des choux et des courges pour la fête de
la moisson et personne ne s’en plaint. Il me semble à moi parfaitement naturel
pour ceux qui aiment les motos de les amener dans la Maison de Dieu. Je ne sais
pas comment nous avons pu aller jusqu’au bout de la célébration de la Messe. Il
y avait des photographes et des cameramen partout.
L’église ressemblait à un studio de tournage avec tous les
projecteurs et les fils électriques qui traînaient par terre. Cependant, malgré
toutes ces distractions, il y avait une merveilleuse atmosphère de vénération
et de respect religieux.
Le jour suivant, les journaux ne parlaient que des
évènements de Hackney Wick.
Voici quelques grands titres : « Les Chevaliers
Errants de 1962 – Les Jeunes Ton-Up (*) à l’Eglise », « Les Motos des
Ton-Up sont Bénies », « Les Photos de la Bande des 100 Miles à
l’heure qui peuvent provoquer une Tempête », « Bénédictions par le
Ton », « Un Vicaire Bénit les Ton-Uppers ». Un des journaux
appela l’Evêque de Londres à minuit pour lui demander ce qu’il pensait de tout
cela !!
Le mardi, plusieurs journaux publiaient des bandes dessinées
dont la plus célèbre avait été dessinée par Giles dans le Daily Express. J’ai
écrit au journal et j’ai dit à Giles combien j’aimais son dessin et à mon grand
plaisir il m’a envoyé le dessin original signé de sa main.

C’est une des choses que je possède qui a le plus de valeur
pour moi, elle occupe la place d’honneur dans mon bureau.
J’étais un peu accablé de toute cette publicité, mais pour
moi cela représentait un grand avantage. Je n’en avais rien à faire d’avoir mes
photos dans les journaux, ce à quoi j’attachais le plus d’importance, c’était
cette fameuse nuit où j’avais fait la connaissance des jeunes à l’Ace qui
étaient devenus mes amis.
Les coupures de presse et les photos s’accumulaient à la
Paroisse, j’en fit un paquet que j’emmenais à l’Ace pour les montrer aux jeunes
qui étaient ravis d’avoir une « bonne presse » pour une fois !!
Ils n’avaient connu jusqu’à présent que des articles défavorables.
(*) Ton-up - faire le « ton » - dépasser la
vitesse de 160 km/h
Je suis devenu rapidement un habitué de l’Ace et je fis plus
ample connaissance avec les jeunes. L’un d’entre eux m’invita même chez lui
pour déjeuner avec sa famille.
D’autres commençaient à me parler de leurs amis qui étaient
à l’hôpital.
A cette époque, je recevais aussi un considérable courrier
de fans, une partie me complimentant, l’autre partie moins gentille. Une lettre
anonyme m’avertit des sérieuses conséquences de mon association avec ces
« jeunes rustres au cœur de cuir »
A partir de ces lettres, mais surtout de mes conversations avec
les jeunes eux-mêmes, je commençais à réaliser qu’ils étaient des exclus de la société. A cause de
leur façon de s’habiller, de leur motos bruyantes et de leur tendance à se
déplacer en bandes, personne ne voulait d’eux. Les salles de danse les refusaient,
les bowlings leur demandaient de rentrer chez eux et de revenir en tenue
convenable. Les Clubs de Jeunes avaient peur d’eux .

Même les cafés de routiers n’appréciaient pas leur
clientèle. Après tout, un conducteur de moto consomme en moyenne une tasse de
thé et un coca toutes les deux heures alors qu’un conducteur de poids lourd ou
de car dépense 5 schillings pour un repas et reprendra la route au bout de 30
minutes. J’étais de plus en plus convaincu que ce dont ils avaient besoin était
une nouvelle sorte de club qui mixerait la touche personnelle et amicale d’un
club de jeunes avec l’atmosphère libre et décontractée d’un café routier ou
d’un coffee bar.
La difficulté était que les locaux
de la Mission à Eton étaient déjà exploités à presque 100 % et Hackney Wick
était un endroit tellement difficile à trouver avec son labyrinthe de sens
interdit que je doutais vraiment que cela soit possible. Je décidais quand même
d’essayer.
Or, l’anniversaire des vingt ans
de mon ordonnance de prêtre approchait. Au lieu de le fêter avec les
paroissiens, je décidais de faire une fête avec mes amis de l’Ace. Ce fût un
énorme succès, quatre-vingt d’entre eux vinrent et cela prouva que la
saturation des locaux de la Mission Eton n’était pas un obstacle.
A ce moment, j’eus la chance de rentrer en contact avec deux
clubs de motos existants et les deux étaient réellement intéressés par mes
plans pour créer un nouveau club.
Je me souviens très bien avoir été contacté par Mick
Ingarfield du « Friendly Club » (Club Amical) à l’extérieur de l’Ace, qui m’invita à venir à leur QG à
Hammersmith pour rencontrer leurs membres. A cette époque, je rencontrais
également Garth Pettitt du Club Sunbeam. Garth est une personne étonnante, il a
un haut poste dans l’administration mais ne pense à rien d’autre qu’à arriver à
la réception du Manoir avec sa Norton SS et de changer sa tenue de cuir dans
les toilettes.
Ces deux clubs étaient énormes et je ne pourrais jamais leur
rendre à part égale le support qu’ils m’ont apporté dans mes débuts. Nous avons
décidé d’essayer de faire quelque chose les samedi soir, le seul moment où les
salles n’étaient pas utilisées, et de lancer le nouveau club en octobre
1962.
En fait, nous n’avons jamais eu l’intention que cela soit
réellement un club, ainsi qu’en témoigne le surnom amical de «Café du
Vicaire » qui lui a rapidement été donné.
Le problème de trouver une personne qui corresponde au monde
des motards pour ouvrir le club a été solutionné durant une de mes visites
hebdomadaires à l’Ace. J’étais assis à une table, en train de boire un thé,
lorsque j’ai remarqué à la table d’à côté un « gentleman » de proportion plus que généreuse. Je n’ai jamais découvert
comment il avait pu se glisser dans ces amusantes chaises pivotantes. Il était
évident qu’il débordait de curiosité et au bout d’un moment, il n’a pas pu se
retenir plus longtemps et se présenta comme
« Harold Harvey » et demanda s’il pouvait voir les photographies.
Il se trouva qu’il était photographe et allait souvent aux
courses de motos afin de prendre des photos des courses. Il disait qu’il serait
capable de trouver quelqu’un qui pourrait nous correspondre.
Le résultat de cette rencontre faite par hasard a été que
non seulement le Club a eu la participation de Alf Hagon pour aider durant
cette nuit d’inauguration, mais le club a également eu la coopération pour la
première fois d’une personne adulte. Je voudrais insister sur l’importance de
la contribution de Bob Harvey pour le club depuis sa participation.
De façon à faire connaître notre soirée d’inauguration le
plus possible, nous avions préparé des prospectus que je distribuais dans des
endroits tels que le Busy Bee, le Dug-Out, Woodlands, Johnsons et bien sûr à
l’Ace. Je n’ai jamais été à l’aise lorsque je rentrais pour la première fois
dans un café, mais pour le Busy Bee j’eus de la chance. Un chaîne de télévision
allemande faisait un film documentaire sur la jeunesse anglaise et m’avait
demandé de les mettre en contact avec des jeunes motards. Je me suis tout de
suite rendu au Busy Bee pour trouver des jeunes pour le tournage du film. Je
n’eus plus jamais eu besoin de me faire connaître au Busy Bee. Nous avons passé
des heures à tourner le film et les jeunes ont passé un merveilleux moment. Je
n’oublierai jamais les trois motos roulant de front sur la rocade de Watford à
une heure du matin avec les caméras nous filmant de l’arrière d’un van avec des
énormes projecteurs qui nous aveuglaient.
Nous devons remercier le Daily Mirror pour nous avoir fait
de la publicité bien utile à cette époque. Parmi les nombreuses lettres que
j’ai reçues, une venait d’un motocycliste américain passionné qui m’adressait
une prière, tapée à la machine, qui était très pratiquée par les membres de son
club. J’en fis un résumé et l’imprimai sur des cartes de taille à pouvoir être
mises dans un porte-feuille. Le problème était de les distribuer. J’ai toujours
répugné à utiliser mon amitié avec les jeunes motards des cafés pour leur
imposer la religion, alors j’ai hésité à leur donner directement moi-même. Au
lieu de cela, j’en envoyai une au Daily Mirror qui a eu la gentillesse de la
diffuser « à la une ». Je reçus des demandes de tout le pays.
La demande la plus amusante venait d’un moniteur
d’auto-école qui me demandait 50 copies pour donner à chaque motard qui se
présentait pour passer son permis.
L’article paru dans le Daily Mirror fut aussi l’occasion
d’un autre dessin humoristique à mon encontre. Cette fois, c’était avec une
femme, mais pas une très jolie. Elle conduisait un side-car alors que j’étais
perché dangereusement sur une chaire gothique. Je m’adressais aux motards qui
passaient au moyen d’un mégaphone en guise que porte-voix. La légende
disait : « Je dirais une chose concernant le vicaire : Il est
vraiment déterminé de parvenir jusqu’à eux ».
On peut dire que le message a certainement été bien reçu.
Nous avons eu une participation d’une centaine de personnes pour notre soirée
d’inauguration au mois d’octobre.
Ils étaient les premiers de ce qui deviendrait des
milliers et ils étaient présents à
l’humble commencement de ce qui devait bientôt devenir le plus grand
moto-club que le monde ait jamais connu.
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